ASIE

La découverte géographique de l'Asie a commencé dès les temps préhistoriques avec les migrations des peuples qui ont, depuis le centre de dispersion initial, suivi dans toutes les directions les grands chemins des invasions. Mais, peu à peu, le souvenir de ces itinéraires s'est effacé de la mémoire des hommes, et c'est une véritable découverte de l'Asie qu'ont refaite en sens inverse les peuples classiques au cours de l'antiquité. Ils ne connaissaient d'abord que l'Asie antérieure, mais ignoraient tout le reste du continent.

L'expédition d'Alexandre le Grand (336-325 av. notre ère), complétée par le périple des côtes nord de la mer d'Oman et du golfe Persique par Néarque, étendit le champ des connaissances géographiques jusqu'au Gange. Par la suite, les pilotes d'Alexandrie poussèrent dans la mer Erythrée jusqu'aux côtes du Deccan, et peut-être même jusqu'à l'Indochine, tandis que, par les a routes de la soie, les marchands grecs d'Antioche et de Byzance pénétraient en plein cœur de l'Asie centrale et en rapportaient les produits de la Chine venus jusqu'aux confins de la Bactriane, au long des steppes de la Mongolie et du Turkestan chinois.
Le moyen âge marque un nouveau progrès. Les voyages de Plan Carpin et de Guillaume de Rubrouck jusqu'à Karakorum, dans le nord-ouest de la Mongolie ; ceux du Vénitien Marco Polo jusqu'à Cambaluc (Pékin) et par tout l'extrême Orient, étendent jusqu'aux rivages du Pacifique le champ des connaissances géographiques (XII et XIVe siècles). Et voici qu'au XVIe siècle, après l'arrivée du Portugais Vasco de Gama à Calicut, par la voie du cap de Bonne-Espérance (1498), d'autres Portugais gagnent très vite Malacca, les côtes de la Chine méridionale et septentrionale, enfin le Japon (1543). Un siècle plus tard, les Moscovites, qui ont franchi les monts Oural et pénétré dans le bassin de l'Obi dès 1580 parviennent, à travers la Sibérie, jusqu'aux rivages de la mer Arctique et de l'océan Pacifique (1637-1639). Dès lors, les contours de la majeure partie du continent sont dessinés. La découverte, par Vitus Béring, du détroit qui porte son nom (1729), celle du cap Tchelyouskine, à l'extrême nord de la Sibérie (1742) et celle des côtes du Japon septentrional par La Pérouse (1787), achèvent de donner à l'Asie sa figure extérieure.
L'intérieur, par contre, demeure encore fort mal connu. Seuls, les savants travaux des jésuites ont, au XVIIIe siècle, fourni sur la Chine des renseignements exacts et précis ; mais partout ailleurs, sauf en Sibérie (Pallas, en 1771-1776) et au Yémen (Niebuhr, de 1762 à 1767), on ne sait rien de bien précis. Les explorations menées à bien au XIXe siècle ont ajouté à ces notions premières et fourni des notions étendues sur toutes les parties du continent. Alors ont été découvertes les sources du Gange, du Sutlej et de l'Indus (1808-1812) ; alors l'Anglais Bornes, parti de l'Inde, franchit les chaînes de l'Hindou-Kouch (1832), peu de temps avant la découverte d'une des sources de l'Amou-Daria par le lieutenant Wood, qui a escaladé le Pamir (1838). Peu après, voici que commence l'exploration des grands systèmes montagneux et des immenses plateaux de l'Asie centrale. Les missionnaires français Huc et Gabet traversent le Tibet oriental et visitent Lhassa en 1846 ; dix ans après (1856), les frères allemands Schlagintweit étudient les monts Karakorum et Rouenluen ; puis c'est le tour des T'ien-Chan ou monts Célestes, dont Séménov inaugure la reconnaissance en 1857. Tandis que Severtsov, Fedchenko, Kostenko et d'autres — tels les frères Groum-Grjimaïlo — poursuivent ce travail, le major Prjevalski traverse de part en part l'Asie centrale, parvient aux sources du fleuve Bleu, explore le bassin du Tarim et la région du lac Lob, puis le désert de Taclamacan (1870-1885). Pievtso, de 1888 à 1890 ; Roborovski et Kozlov, de 1893 à 1895 ; Sven Hedin, de 1894 à 1908, ont continué par la suite, jusqu'en plein XXe siècle, l'œuvre de Prjevalski au cœur de l'Asie centrale. Enfin Potanin, Pievtsov, Bonin, d'autres encore, ont fait beaucoup progresser la géographie de la Mongolie et des régions voisines dont le missionnaire français Licent a étudié par la suite les aspects naturels (1914-1925), et le Russe Kozlov l'archéologie.
Plus au Nord, en Sibérie, ce sont encore les Russes qui ont agi, sauf au long des rivages de l'océan Glacial arctique, dont le Suédois A.-E. Nordenskjöld a précisé la carte à bord de la Véga en 1878-1879. Ils ont, en particulier, étudié sous tous ses aspects la région du Sud, que le Transsibérien parcourt des monts Oural au Pacifique.
En Chine, le lazariste Armand David (1862-1874) le géologue allemand Richthofen (1868-1872), le Russe Potanin (1884-1886), l'Américain Rockhill, les Français Legendre et Pelliot, d'autres encore, comme le général Pereira, ont fourni de précieuses contributions à la connaissance d'une contrée dont les missionnaires de Zi-kawei, continuant l'œuvre de leurs confrères des XVIIe et XVIIIe siècles, ne cessent d'observer les phénomènes climatiques et autres. Cette même œuvre d'investigation scientifique, ce sont des savants du pays, formés aux méthodes européennes, qui la poursuivent au Japon dans tous les domaines. Grâce à eux, la connaissance de l'archipel est dès maintenant très avancée, surtout dans certaines disciplines, telles que la séismologie.
L'intérieur de l'Indochine et les abords sud-orientaux du Tibet ont, eux aussi, retenu l'attention de nombre de voyageurs. La mission scientifique du Mékong : Doudart de Lagrée et Francis Garnier (1866-1868) ; Jean Dupuis, l'explorateur du fleuve Rouge (1872-1873) ; les Dr. Harmand et Néis, les missions Pavie (1887-1895), etc., ont fructueusement agi dans la partie orientale de l'Indochine, tandis que, plus à l'Ouest, des Anglais surtout faisaient œuvre scientifique. Le major anglais Sladen y étudiait dès 1868 les glacis du sud-est du plateau tibétain, où séjournent et travaillent avec fruit des lazaristes français. Là encore ont peiné des Anglais soucieux d'établir des communications directes entre la Birmanie et la Chine méridionale : Archibald Colqhoun (1879-1881), Hallett, etc., et le prince Henri d'Orléans, et Jacques Bacot, etc.

Depuis la fondation des trois surveys ou services géologique, météorologique et géographique de l'Inde, ce pays a été parcouru par une foule de missions qui ont fait de toutes les manières progresser la connaissance de la contrée. Des agents indigènes (pandits) ont même accompli sur les frontières septentrionales, aux abords du Tibet surtout, de très intéressantes explorations, pénétrant parfois dans l'intérieur même du Tibet, comme l'ont fait aussi différentes expéditions anglaises militaires (sir Francis Younghusband à Lhassa, 1904) ou autres (sir Charles Bell, etc.). Des alpinistes sont partis de l'Inde pour visiter les immenses glaciers et pour tenter d'escalader les plus hautes cimes du Karakorum et de l'Himalaya (le duc des Abruzzes en 1909) ; mais le général Bruce n'a pas pu, malgré tous ses efforts, atteindre le sommet du mont Everest.
Comme le reste du continent, l'Asie antérieure a été étudiée et visitée scientifiquement au cours du XIXe siècle et dans le premier quart du XXe. La commission anglaise chargée de délimiter la frontière de la Perse et de l'Afghanistan (mission Goldsmith, 1871-1873), la commission afghane (anglo-russe) de 1885, nombre de voyageurs scientifiques et d'archéologues, ont commencé d'étudier l'aspect présent et le passé du plateau de l'Iran et des pays, plus septentrionaux, de l'ancienne Bactriane. Ceux-ci s'étendent jusque sur le Turkestan russe et chinois, qui a été le champ spécial des investigations de Mouchketov, de Radde, de Konchin (1883-1885), de sir Aurel Stein, etc. De l'autre côté de la mer Caspienne, les topographes de Tiflis, Stebintzjki, Radde, Séverstsov, Freshfield, ont fait d'excellente besogne, comme aussi, en Asie-Mineure, Tchihatchef et Kiepert, et Chesney sur les bords de l'Euphrate. Enfin Palgrave, Doughty, Huber, Philby, Cheesman, comptent parmi les principaux explorateurs de la péninsule arabique.