EUROPE

L'Europe est l'une des cinq parties du monde. Les mers qui la limitent sont : au Nord l'océan Glacial Arctique, à l'Ouest l'océan Atlantique, au Sud la Méditerranée, les Dardanelles, la mer de Marmara, le Bosphore, la mer Noire, la mer Caspienne. Entre ces deux dernières la haute chaîne du Caucase. A l'Est, ses limites sont indécises : on s'accorde pour reconnaître que les monts Oural et le fleuve Oural la séparent de l'Asie ; toutefois les uns et l'autre sont si peu des obstacles que des provinces russes les chevauchent. Sa forme s'effile de l'Est à l'Ouest.
De ce fait, il est difficile de déterminer exactement la superficie de l'Europe. Elle est d'environ 10 millions de km², légèrement supérieure à celle de l'Océanie (8,5 millions de km2), trois fois moindre que celle de l'Afrique (30 millions de km²). Elle n'atteint au Sud que le 35° Nord (en Crète), à 4000 km de l'équateur, au Nord le 71° Nord (cap Nord) à 2000 km du pôle.

I. Géologie et orographie.

La formation de l'Europe est le résultat de plissements primaires et tertiaires séparés par de longues périodes de sédimentation marine. A l'époque primaire, le plissement huronien et le plissement calédonien se reconnaissent encore dans le nord de l'Irlande, l'Ecosse, les Alpes de Scandinavie et la Finlande, plus ou moins rabotés par l'érosion, où les terrains archéens apparaissent à la surface ; le plissement hercynien, en forme de V dont la pointe doit être cherchée aux environs de Decazeville en France, a laissé le sud de l'Irlande, la Cornouailles et le Pays de Galles, l'Armorique, le Massif Central, les Vosges et la Forêt Noire, le massif schisteux rhénan, le Harz et la Bohême. La longue et calme sédimentation de l'époque secondaire a rempli les plaines du bassin parisien, de la Baltique, de l'Allemagne et la Russie. Le soulèvement alpin contournant certains socles méditerranéens anciens (plateaux espagnols, Sicile, Sardaigne, Corse, Maures, Esterel et Rhodope) a construit les Cantabriques, les Pyrénées, les Alpes et les Apennins, le Jura, les Carpates et le Balkan, et enfin le Caucase, tandis que des golfes ou des effondrements se colmataient ou s'asséchaient : bassin d'Aquitaine et du Pô, plaine de Hongrie. La fin de l'époque tertiaire et l'époque quaternaire ont vu l'extension des grands glaciers, et tout particulièrement une immense calotte glaciaire qui, partant du pôle, descendait jusqu'au centre de l'Allemagne. C'est à elle que sont dues les landes de sable et les lacs qui criblent les entours de la mer Baltique.
Cette histoire géologique a amené les géologues à distinguer en Europe plusieurs grandes zones :
1. Le bouclier baltique, homologue des boucliers canadien et sibérien, région très anciennement consolidée qui comprend toute la Scandinavie, la Finlande et une partie de l'Angleterre.
Sur ses bords se sont formées successivement du Nord au Sud des chaînes de montagnes : la chaîne huronienne (d'âge précambrien), la chaîne calédonienne (entre le silurien et le dévonien), et chaque fois, après l'érosion de cette chaîne, le bouclier baltique s'est trouvé agrandi de la zone correspondante ;
2° Plus au Sud se trouve une grande zone qui comprend le nord de l'Allemagne, le sud de l'Angleterre et peut-être le bassin de Paris, dans laquelle les mers géologiques sont venues s'installer à maintes reprises ;
3° La zone des massifs hercyniens (Bohême, massif rhénan, Massif central français), restes de la grande chaîne hercynienne (plissée entre le carbonifère moyen et le carbonifère supérieur). Cette zone est très souvent émergée ;
4° La région pyrénéo-alpine, conquise, aux temps tertiaires, sur la zone suivante. C'est aux époques anciennes une région méditerranéenne avec forme très différente des régions du Nord ;
5° Les régions méditerranéennes, où la mer s'est maintenue en permanence, ou à peu près, au cours des époques géologiques, et qui est maintenant très réduite entre les deux fragments des chaînes alpines du Nord (Alpes, Pyrénées) et du Sud (Atlas) ;
6° La plate-forme russe, vaste plateau continental, envahi par la mer à certaines époques privilégiées, qui n'a subi que des mouvements d'ensemble, presque sans déformations.

La géologie de l'Europe est inscrite dans le relief, et permet de délimiter quatre zones dans cette partie du monde :
1° le Nord occidental (huronien et calédonien) présente les collines du nord de l'Irlande, le Massif d'Écosse et les Alpes scandinaves, plateaux plutôt que montagnes, couvertes de champs de neige, et la plaine granitique, mais rabotée et lacustre, de Finlande ;
2° une vaste étendue de plaines, tantôt vallonnées dans le bassin de Londres et de Paris, tantôt monotones mais fertiles et limoneuses en Belgique, Pays-Bas, Allemagne occidentale, tantôt glaciaires (Allemagne orientale), tantôt relevées par des plateaux secondaires (Danemark, Suède méridionale et surtout l'immense Russie de la mer Noire à l'océan Glacial, de la Baltique à l'Oural où les hauteurs de Valdaï et du Volga s'étendent plus largement) ;
3° les massifs hercyniens, remaniés par des effondrements et surtout par des poussées volcaniques récentes qui leur donnent l'aspect et parfois l'altitude de montagnes : monts de Kerry en Irlande (1040 m.), Cornouailles et Armorique, Limousin, monts d'Auvergne (1886 m.), Cévennes, Morvan, Vosges (1426 m.), Ardenne et Hardt, Forêt Noire (1493 m.), Rhoen, Harz, Boehmer Wald et monts des Géants (1605 m.) ;
4° les pays méridionaux, où les Alpes et les fosses qui les accompagnent forment un enchevêtrement de plateaux (Castille), de sommets abrupts (sierra Nevada, Pyrénées, Alpes, avec leurs appendices des Apennins, des Alpes Illyriennes et du Balkan, Carpates, Caucase) et de plaines. La fosse méditerranéenne est encore secouée de tremblements de terre et semée de volcans actifs (Vésuve, Etna, Stromboli, Santorin) et la fosse atlantique a de vieux volcans au Nord de l'Irlande, dans les îles Féroé et l'Islande.
En résumé, les montagnes n'occupent qu'une petite surface, et l'Europe est avant tout un pays de plaines, ce qui a aidé à la circulation et au développement de la civilisation. La hauteur moyenne n'est que de 330 m. (Afrique 660 m, Asie 1010 m).

Côtes.

Les mers pénètrent profondément en Europe. Aucune partie du monde n'est aussi découpée, ni aussi maritime. Moscou n'est qu'à 600 m de la mer. Le développement des côtes atteint le chiffre énorme de 80.000 km. L'océan Glacial, de faible profondeur à l'Est, forme la mer Blanche entre la presqu'île de Kalin et celle de Kola ; les côtes sont basses, marécageuses, gelées la plus grande partie de l'année. La mer de Norvège, très profonde et descendant à plus de 3000 m entre l'Islande et la Norvège, a des côtes élevées que l'envahissement des vallées glaciaires par la mer a découpées en fjords ramifiés, et accompagnées de multitudes d'îles. Les volcaniques îles Féroé limitent au S. la mer de Norvège que le Gulf-Stream réchauffe. Les îles Britanniques reposent sur un socle de faible profondeur (moins de 200 m) : la mer d'Irlande, la mer du Nord, la Manche sont ainsi peu profondes. Les côtes sont généralement élevées en Angleterre et en France (rochers et falaises), basses en Flandre, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, où les polders fertiles sont à grand-peine défendus contre les hautes marées. La Baltique, qu'ouvrent les détroits (Grand et Petit Belt, Skager-Rak et Sund), terminée par le golfe de Botnie et par le golfe de Finlande, a des côtes élevées en Suède et Finlande, marécageuses et sablonneuses partout ailleurs ; elle est calme et peu profonde. L'Atlantique forme le golfe de Gascogne profond ; il a des côtes variées, mais où dominent les côtes élevées et rocheuses. La Méditerranée très ramifiée est divisée en mers Ibérique (entre l'Espagne, le détroit de Gibraltar et le Maghreb), et Tyrrhénienne, à l'Occident, avec les Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile ; en mers Adriatique, Ionienne, Egée à l'Orient, avec la Crète, les Des Ioniennes, les Cyclades. Elle est généralement profonde (4400 m) et ses côtes sont la plupart du temps élevées, très rocheuses et très hospitalières, sauf sur le Languedoc français et sur une grande partie de l'Italie. La mer Noire, qui communique par les détroits avec la Méditerranée, a des côtes plates au Nord où se forme la mer d'Azov : elle est là très peu profonde ; elle a des côtes rocheuses au Sud où se révèlent les grandes fosses. La Caspienne, fermée, a la même configuration, et il faut noter qu'elle est de 26 m plus basse que les autres mers.

Climat et Végétation.

L'Europe jouit d'un climat tempéré ; elle le doit à sa latitude relativement éloignée du pôle et beaucoup de l'équateur (35° à 71° N.), à sa pénétration par les mers, à la faiblesse de son relief moyen, à l'orientation de ce relief qui permet le parcours des vents d'Ouest prédominants dans ces latitudes et adoucissants parce que maritimes ; enfin, pour les îles Britanniques et la Norvège, au passage du courant tiède du Gulf-Stream. La température décroît du S. au N. et les écarts augmentent de l'Ouest à l'Est On distingue les zones suivantes :
1° la zone arctique, peu étendue sur l'extrême nord de la Russie et la Laponie norvégienne : court été de trois mois, le sol ne dégèle pas entièrement et la végétation est réduite aux marécages herbeux et aux arbres nains. C'est la toundra ;
2° la zone atlantique, qui englobe la Norvège, le sud de la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, les îles Britanniques, une partie de l'Allemagne et de la France à l'Ouest d'une ligne diagonale qui, descendant des bouches de l'Oder, aboutirait aux sources de la Garonne, le nord-ouest de l'Espagne et le Portugal. Les hivers sont tièdes, les étés doux. La pluie, abondante est répartie sur de nombreux jours et a son maximum en hiver. La forêt est type de végétation caractéristique, le hêtre domine net ment et dans le S. le châtaignier ;
3° la zone continentale atténuée comprend la Lorraine, l'Alsace, les de Bourgognes, le Lyonnais, l'Allemagne centrale et oriental la Pologne, la Slovaquie, la Suisse, l'Autriche, la Hongrie, les Alpes, la zone arrière de la cote Dalmate sauf la côte elle même, la Roumanie et Bulgarie. Les hivers sont froids sans être longs, les étés chauds, les pluies moyennes, avec un maximum d'été (juillet). Dans l'ensemble, c'est encore la forêt q domine, avec pour arbre caractéristique le chêne, sauf en Hongrie et Roumanie, où la rareté des pluies donne dé la steppe herbeuse ;
4° la zone continentale absolue du nord couvre le nord de la Russie, elle a des hivers rigoureux, des étés chauds, des pluies moyennes avec un maximum d'été et de la neige en hiver. La végétation est toujours forestière, mais avec le bouleau et surtout les conifères. A ce climat appartiennent la Finlande et la plus grande partie de la Suède ;
5° la zone continentale sud, qui comprend tout le sud de la Russie sauf la Crimée, aussi excessive, manque de pluies ; aussi la forêt disparait-elle complètement. Elle est remplacée par steppe herbeuse qui annonce l'Asie et couvre d'immenses étendues monotones ;
6° dans la zone méditerranéenne (côte d'Espagne et de France, Italie, côtes Dalmate, Grèce Turquie et Crimée), les hivers sont tièdes et humides dans l'Ouest ; les étés, chauds, très lumineux et très secs. Les pluies, abondantes à l'Ouest deviennent rares dans, l'Est. Le type de végétation est le maquis buissonneux (mimosées, cactus, fusains) que surmonte, des arbres toujours verts (orangers, amandiers, oliviers surtout) auxquels s'ajoutent le figuier et des conifères comme le pin parasol.
En dehors de ces 6 zones, les plateaux espagnols ont un climat continental presque steppique, et les Alpes, Carpates et montagnes de Scandinavie un climat de montagne glacé.

Hydrographie.

Les fleuves européens sont courts et de faible débit. Le plus important, la Volga, a 3400 km long et un débit de 9900 m3. Ils appartiennent au type atlantique : débit constant, abondant, sans crue désastreuse, cours en plaine, estuaire large et navigation facile (Tamise en Angleterre Oder, Elbe, Weser en Allemagne ; Escaut en Belgique, Meuse, Seine en France) ; et au type oriental : gelés de trois à six mois, avec énorme crue au printemps, cours plaine, navigation facile en dehors de la gelée et de crue (Vistule, Niémen, Duna, Néva dans la mer Baltique Dniestr, Boug, Dniepr, Don dans la mer Noire; Oural, Volga dans la mer Caspienne ; Petchora, Dvina dans mer Glaciale) ; et aussi au type alpestre : crue au printemps à la fonte des neiges, eaux soutenues en été par fonte des neiges, très faibles en hiver (Pô, Adige et Rhône, dans la Méditerranée). Mais beaucoup de fleuves et parmi les plus grands sont de types mixtes, surtout le Rhin type alpestre puis atlantique, et le Danube de type atlantique puis alpestre à cause de ses affluents, enfin, oriental ; la Garonne est de type alpestre et atlantique. D'autre fleuves européens sont de type de plateaux : tantôt torrentiel, tantôt très faible, coupé de chutes (Loire, Dom Tage, Guadalquivir), ou de type méditerranéen : torrentiel l'hiver, à sec l'été (Ebre, Tibre, Vardar, Maritza).